C’était mieux avant ?
A une époque, quand on comparait les produits Microsoft et ceux des concurrents (VB contre Delphi, Excel contre Lotus, etc), on disait que les produits Microsoft était plus facile à utiliser au départ que les produits concurrents, alors que par la suite les fonctions avancés étaient plus difficiles que celles des concurrents. Globalement la courbe d’apprentissage était au départ favorable à Microsoft et sur le long terme au concurrents. C’est sans doute encore le cas quand on compare Windows et Linux, par exemple. Évidement ce choix n’est sûrement pas innocent, cela favorise l’adoption des produits par les débutants, tout en permettant l’émergence d’une communauté d’experts professionnel ayant intérêt à promouvoir les technologies Microsoft.
Comme il n’est pas toujours possible de totalement couvrir un marché avec cette approche d’un produit simple à mettre en oeuvre pour des fonctions simple mais d’une complexité extrême dans les fonctions avancés, Microsoft a développé une stratégie à deux coups : un produit bas de gamme mais simple d’approche et un produit puissant pour les experts.
C’est ainsi que l’on avait Windows 95, 98, Me d’un coté et Windows NT puis 2000 de l’autre. De même Works et Office pour la bureautique. Visual Basic pour des développement rapide et Visual C++ pour les développements complexes. On peut aussi citer Outlook Express et Outlook, ainsi que Access et SQL serveur.
Convergence
Avec le temps les produits bas de gamme ont monté en gamme et en complexité. Il était évidement que la question de la convergence allait se poser. Il semble que Microsoft soit tellement sûr de maîtriser le marché du logiciel que de maintenir deux produits par marché n’est plus justifié. Voici donc le temps de la convergence, un seul produit par marché.
C’est pourquoi il n’y a plus que Windows XP au lieu de Windows Me et Windows 2000, au risque d’avoir un grand nombre de logiciel anciens ne fonctionnant pas. Saviez vous qu’une des cause de l’instabilité de la famille 9x (95, 98, Me) était le fait qu’un certains nombre de bugs n’ont jamais été corrigés car ces bugs était exploité par des logiciels populaire.
De même Il n’y a plus vraiment de différence entre VB.Net, VC++.Net et C#.Net et il n’y a plus qu’un outil de développement d’ailleurs (Visual Studio.Net)
Works contient Word comme traitement de texte, une version limité de SQLServer (MSDE) est utilisable avec Access.
DotNet
Parmi toutes ces décisions, je crois que le passage à .Net comme plateforme de développement est celle qui présente le plus de risque. En effet pour que cette plateforme incompatible avec les précédentes soient accepté, Microsoft n’a pas ménagé sa peine. D’abord avec la qualité intrinsèque de la plateforme, qui est à mon avis l’une des plus puissantes, des plus complète et des plus élégantes qui soit. De plus en matière de standard Microsoft a fait beaucoup d’efforts, en utilisant les standards existants (XML, SOAP), et en proposant une bonne partie du framework à des organismes de standardisation. Ensuite Microsoft a beaucoup investi (communication, fourniture d’exemple en open source) pour que ses clients migrent de VB vers .Net.
Standard, standards
Le problème pour Microsoft est que .Net, grâce à sa standardisation, se trouve maintenant porté vers d’autre plateformes que Windows. Mono permet aujourd’hui d’exécuter une application ASP.Net sous Linux, et bientôt ce sera la même chose pour les WinForms. De plus la compatibilité ascendante a bien été sacrifié afin d’obtenir une technologie de rupture.
En poussant .Net, Microsoft prend le risque de perdre ces clients, soit parce qu’entre migrer vers .Net ou d’autres plateformes ils pourraient préférer d’autres plateformes, soit parce qu’une fois migrés sur .Net ils pourraient quitter Windows grâce à Mono.
Tuer la poule au oeufs d’or
Beaucoup de décisions sont prises à Redmont avec comme seul objectif de conserver la prédominance de Windows. C’est sans doute pourquoi le développement d’Internet Explorer a été arrêté, pour que le navigateur ne devienne pas le client riche.
Afin d’occuper ses développeurs, et faute d’éditeurs tiers ayant sa force de frappe, Microsoft a d’une certaine façon décidé de devenir son propre concurrent, en proposant des produits plus puissants pour conserver l’attrait de Windows comme plateforme. Mais en vertu du principe de convergence, Microsoft impose des migrations coûteuses à ces clients.
Avec le développement de l’accès internet haut débit chez ses clients, l’obligation de réaliser des migrations coûteuses pour bénéficier des ses nouveaux produits, et l’apparition de services internet de plus en plus puissant, tout est en place pour le déclin de Windows.
Et avec .Net, Microsoft vient de se tirer dans le pied. Et il n’est pas impossible que Longhorn soit un autre coup dans le pied, avec l’abandon de l’api Win32.
Il n’est pas choquant qu’un éditeur force un peu la main de ces clients. A cet égard le passage à MacOs X n’a pas été facile pour les clients d’Apple. Mais comme Apple était plutôt en phase d’acquisition de client à cette époque (ou plutôt de ré-acquisition), ce sont les nouveaux clients qui ont adopté MacOs X, et quand la base installée a été suffisante, tous les éditeurs ont suivi, rendant MacOs X attractif pour les clients existants.
Malheureusement pour Microsoft, le marché du PC n’est de moins en moins un marché d’équipement, mais plutôt de renouvellement. Pour maintenir ses marge, il faut qu’il vende plutôt des mises à jour que des nouvelles licence. C’est d’ailleurs une des raisons de sa nouvelle offre d’abonnement aux mises à jours qu’il propose depuis peu. Ce que Microsoft n’avait pas prévu, c’est l’apparition d’une offre libre concurrentielle. Et le modèle économique de Microsoft ne peut pas fonctionner face à un logiciel gratuit.
L’ironie est qu’une partie du financement des projets open-source provient d’IBM et de Novell. Deux entreprises autrefois victime de la concurrence de Microsoft.
Et après ?
Je n’irai pas jusqu’à prévoir la fin de Microsoft, parce que le mouvement naturel qu’il va faire sera de concurrencer les applications webs existantes au travers de MSN. La nouvelle version de MSN search est la preuve que Microsoft peut se hisser au niveau des standards dans ce domaine. Non, même si Windows ne sera peut-être plus la vache à lait de Microsoft, Microsoft est loin d’être mort.