Microsoft et la génération perdue

Depuis quelque temps je me demande pourquoi je continue à défendre Microsoft alors que ce n’est plus vraiment à la mode. Enfin pas toujours, ce qui me fait aussi passer pour un anti Microsoft primaire.

En fait j’ai un vieil attachement envers Microsoft qui date de mon enfance, de mon adolescence, de mes études et du début de ma vie professionnelle.

Je fais partie d’une génération qui est née avant l’invention de l’ordinateur personnel. Je pense que j’ai décidé de devenir informaticien quand j’ai appris à développer en Basic Microsoft. A l’époque il y avait beaucoup de différentes machines, mais le Basic, popularisé par Microsoft était un peu le seul langage commun. Alors on pouvait s’échanger des programmes dans les clubs d’informatique, et ça, c’était cool.Mais j’ai aussi une certaine tendresse envers Apple à cause de mon Apple II.

Ensuite dans mon école nous avions bien sur de l’Unix (SunOs), des Mac (mais seulement pour la bureautique), et des PC sous DOS. Et j’ai commencé à gagner de l’argent en faisant des projets sous DOC pour la junior entreprise. A l’époque Linux n’était qu’une vague idée dans le cerveau de Linus Torvald. Et évidement utiliser un PC et DOS c’était cool parce que nos profs n’y comprenaient rien !

Quand j’ai commencé à travailler, dans l’industrie, j’ai découvert les mainframes et le COBOL. Je ne suis battu pour défendre un projet de développement sous Windows 3.1 parce que tous les “vieux informaticiens” ne parlait que de ligne de commande et ne voyait pas l’intérêt de l’interface graphique pour les applications d’entreprise (”c’est bon pour la bureautique, et encore…”). Alors bien sûr j’ai appris à défendre Microsoft à l’époque. Et à l’époque c’était cool.

Évidement il y avait le Mac, mais l’avantage du PC c’était, en plus de prix bien plus bas, la possibilité de monter sa propre machine. Et la configuration du système (autoexec.bat, config.sys et autre) permettait de mélanger le côté facile de l’interface graphique et le côté ésotérique de la ligne de commande.

Du coup à la première occasion j’ai rejoint un éditeur de logiciel sous Windows. Et à l’époque nous étions comme des missionnaires, apportant la souris et l’interface graphique à de pauvres habitué de la ligne de commande. Je me souviens d’une formation à notre produit où il a fallut expliquer à un des élève, développeur Cobol expérimenté, comment fonctionnait une souris.

Et un jour Internet est arrivé. Du coup Microsoft n’était plus aussi cool. Et Linux est devenu crédible. Et Microsoft a tué Netscape. Et n’était plus du tout cool.

Aujourd’hui la jeune génération de développeurs trouve que Linux est cool. Or pour une partie de ma génération, Linux n’est qu’un clone d’Unix, qui était la bête à abattre. A tel point que la génération qui a précédé la mienne retrouve ces marques avec Linux. Un ancien collègue plus âgé que moi me disait qu’il est très content du succès de Linux car il pouvait frimer auprès de son fils grâce à sa maîtrise du shell.

Alors, quelquefois, je me demande si je ne fais pas partie d’une génération perdue, coincé entre vieux Unixiens et jeunes Linuxiens…

Alors pour s’en sortir, on se met à faire de l’open source, du web avec Linux, Apache, MySQL, PHP. Et hop, on est redevenu cool.

Mais quand même, malgré tout, C#, ASP.Net, je ne peux pas m’empêcher de trouver ça cool !

7 commentaires pour “Microsoft et la génération perdue”

  1. CYberfred38 dit :

    Je partage 100 % de ce récit. Je crois également que les gens qui perdent leur temps dans un combat anti-Microsoft le font par opposition à leurs ainés comme le font chacune des générations.

    Je viens d’installer Linux sur un PC pour voir (je fais ça de temps en temps pour suivre). Ce qui me frappe, outre les quelques progrès observés, c’est la consternante obsession consistant à imiter Windows. Il s’agit plutôt d’une remarque qui vise KDE mais tout de même … Pourquoi imiter ce que l’on exècre jusq’au choix des icônes ?

    Microsoft a souvent une longueur d’avance sur ses concurrents. Où sont les Media Center chez les autres ? Quel smartphone peut sérieusement rivaliser avec un SPV ?

    Les alter-informaticiens, les José Bové de la micro, oublient souvent que dans le code de Microsoft, il n’y a pas que des bugs et des boucles pour ralentir le traitement.

    (Merci à Ludo pour le lien vers cet excellent site)

  2. Alexis KARTMANN dit :

    Content de voir que je ne suis pas seul…

    Bien qu’il soit assez bien trouvé, je ne partage pas tout à fait le terme alter-informaticiens, car beaucoup, voire la majorité des défenseurs de l’open source ne sont pas alter-mondialistes ou partisans de José Bové.

    D’ailleurs les partisans de l’open-source ne sont pas tous des opposants à Microsoft, et l’inverse est vrai d’ailleurs. Il n’y a qu’a voir chez anti-microsoft l’engouement pour Google et Apple, qui ne sont pas des modèles d’ouverture de code-source.

    J’ai l’impression que ce côté politique qu’on associe à l’open-source est finalement assez français. Il suffit d’entendre le discours de certains entrepreneurs américains pour ce rendre compte que pour eux l’open-source est un mode de diffusion bien plus qu’un choix politique.

  3. Cyberfred38 dit :

    C’est juste. Je n’ai simplement pas su résister à la tentation de vouloir faire un (bon) mot.

    J’avais écrit le court texte suivant, paru sur le site de Canal+ en avril 2000 quand on croyait que Microsoft allait être démantelé (d’ou le caractère légèrement emporté) :

    MICROSOFT CONDAMNE : J’ARRETE L’INFORMATIQUE

    Je suis de la génération de ceux qui ont appris l’informatique dans les années 70. Mon premier programme est daté 1976, un an après la création de Microsoft. J’étais moi aussi, à mon tour, fasciné par ce que l’on pouvait faire avec ces machines. Et tout était à faire. Je me souviens qu’à l’époque, le nom de Microsoft, un peu ridicule avec son s majuscule au milieu du nom n’évoquait rien de particulier si ce n’est une tentative de vouloir imposer son BASIC. Mais bientôt, au début des années 80, j’allais apprendre à l’aimer car il allait devenir celui qui m’aiderait à faire plus, à maîtriser davantage et me faciliterait l’informatique. C’est grâce à lui que je savais que ce qui était pour moi un hobby, deviendrait durable puisque même IBM et ses tristes ingénieurs devaient se soumettre à la nouvelle loi de l’informatique. Ensuite, alors que certains fils de bourgeois pianotaient, l’air supérieur, sur leur Macintosh hors de portée de mes finances, je découvrais que Microsoft avait pensé à moi et préparait un environnement moderne, c’est-à-dire avec des fenêtres et une souris. Il m’a fallu un peu d’abnégation au début, traverser une phase de doutes quand il y eu l’aventure avec OS/2 mais la gloire était au bout du chemin. Au fur et à mesure que se répandait Windows, mes talents supposés prenaient du sens et se valorisaient.

    Vinrent les années 90 et l’apothéose. Un à un les bastions de résistance cédaient, et Microsoft qui était mon guide continuait à me faciliter la vie, rendant jour après jour de nouveaux horizons possibles. L’aventure Internet fut un véritable bonheur. Alors que tout le monde s’escrimait à coup d’ésotérisme à comprendre cette nouvelle complexité, mon Microsoft m’aidait et -presque- toutes les voies qu’Il me montrait conduisaient au sommet. Mais voilà, peut-être pour le plaisir de revivre cette épopée, le monde de l’informatique a décidé de retourner à un état confus où règne la complexité.

  4. Alexis KARTMANN dit :

    Il y a quelque idées de ce texte dans mon billet “Pourquoi aime-t-on détester Microsoft ?”. On y retrouve aussi l’opposition entre la cathédrale et le bazar.

    Mais ce qui est incroyable avec Microsoft, c’est bien que ce pur représentant du bazar de la micro-informatique (face à la cathédrale IBM) est devenu une cathédrale (face au bazar de l’open source).

    A propos, je suis ravi de rencontrer l’un des créateurs du deuxième monde, que j’ai un peu arpenté…

  5. c_dd2 dit :

    Je voudrais ajouter mon petit grain de sel… ;)

    Je suis né dans les années 80 et ai connu l’informatique par le biais de mon père et de son Comodore 64. Il est ensuite passé sous Windows 3.1 et puis sous 95 et moi je suis passé sous DOS/Windows 3.1. A cette époque j’aimais aussi Microsoft car ne connaissant aucune alternative, n’en ayant jamais même entendu parler… En plus, je n’avais pas Internet! Je suis successivement passé de Windows 95 à Windows 98. Puis la révélation: j’ai eu Internet en ADSL! Alors j’ai pas arrêté de naviguer et de découvrir un autre monde que le petit monde fermé de Microsoft, découvert qu’il ne fallait pas forcément payer cher pour des logiciels bourrés de bugs faits à la va-vite avec une grosse campagne marketing derrière et des méthodes douteuses…

    Bref, j’ai découvert l’existence de l’"open source" ou tout simplement du logiciel libre. J’ai dit **libre**, pas gratuit. Même si la majorité est gratuite… Je ne chercherai pas la mouche en disant que les produits Microsoft sont souvent loin d’être gratuit s’il ne sont pas une campagne commerciale puisque, de toutes façons, il existe d’excellent "freewares" (pas logiciels libres, attention!) dans la logithèque windowsienne.

    Ce qui m’inquiète dans ton commentaire Cyberfred38, c’est que tu est quasiment en train de prendre Microsoft comme providence. Je te rappelle quand même que cette providence hait l’innovation, massacre la concurrence (je ne puis utiliser une autre expression), et détestAIT Internet (jusqu’à la mise au point des stratégies .NET en 2000 où Microsoft a pris une autre tournure vis-à-vis d’Internet voyant un juteux marché…).

    Le logiciel libre garantit des droits **fondamentaux** (droit de voir le code source, vérifier la cohérence du code, vérifier la non-présence d’espions, droit de reproduction, droit de modification, d’apport d’idées fraîches, etc…) pour l’utilisateur de logiciel tout comme pour le développeur. Microsoft déteste le logiciel libre car il lui prend des parts de marché, oui, mais pourrait, à terme, le contraindre à publier les sources de ses "propres" logiciels (très certainement bourrés d’espions, de codes obscurs, de codes "piratés" et de bugs). Chose que Microsoft ne veut, bien évidemment, surtout pas au risque d’obtenir de sacrés ennuis au niveau légal (et autres?), sans doute.

    Oui, je suis anti-microsoft, mais pas parce que c’est à la mode. Tout simplement parce que c’est un monopole qui casse l’innovation, la concurrence, asphyxie l’informatique et vise à la domination totalitaire progressive que nous refuserions catégoriquement et contre laquelle nous nous battrions si cette même domination avait pris la forme, certes plus habituelle, de domination politique totalitaire.

    Vous pensez sans doute que j’exagère, que les technologies Microsoft sont simples, intuitives, innovantes, intéressantes et faciles à utiliser. Vous avez sans doute raison mais Microsoft possède un monopole et représante, à travers elle, tous les monopoles informatiques (notemment sur les formats propriétaires) intoxicant ce domaine. C’est aussi contre ça que se bat la communauté prônant le logiciel libre.

    Ceci dit, le logiciel libre, techniquement parlant, c’est simplement un mode de distribution ;)

    J’espère avoir été explicite et compréhensible =)

  6. Alexis KARTMANN dit :

    c_dd2, ton parcours est finalement celui de tous ceux qui ont connu la micro-informatique avant internet. Et très proche du mien.

    Même si tu as tord quand à la qualité et l’obscurité du code de Microsoft :

    Tout d’abord parce que aujourd’hui (mais ça date de NT4, soit 1998), la qualité des produits Microsoft est l’une des meilleures qui soit. Ce qui serait étonnant quand on connait les moyens qu’ils ont. Et tous les développeurs de Redmond que j’ai rencontré sont parmi les meilleurs que j’ai pu croiser.

    Ensuite parce que leur code est accessible. C’est le programme Shared Source, qui permet à presque n’importe qui d’accéder au code de la quasi totalité du code des logiciels de Microsoft. Bien sur ce programme n’existe pas depuis longtemps, et s’il avait existé avant que Microsoft n’ait son monopole, peut-être que l’élimination de certains concurrents lors du passage de DOS à Windows n’aurait pas été aussi facile.

    Et sais-tu que tout logiciel peut-être décompilé ? Si Microsoft avait caché des portes secrètes dans ces logiciels, et vu le nombre de hackers anti-microsoft, les choses auraient été dévoilé avant.

    Et le fait d’avoir librement accès au code ne garantie pas que les binaires que l’ont utilise ne sont pas truffé d’espions (il suffit de les ajouter au programme d’installation).

    En réalité le monopole de Microsoft n’est pas seulement causé par les agissements de Microsoft, mais par le fait que le marché du logiciel est par nature monopolistique. En effet les couts de production étant nuls (seul la conception coute), le besoin pour les utilisateurs d’avoir un standard favorise naturellement le leader, qui a de plus en plus de moyens pour concevoir des nouveaux produits, alors que ses concurrents ne peuvent plus rentabiliser leurs conceptions. Et ils meurent.

    C’est pourquoi le logiciel libre fonctionne, car il permet de construire des standards sans monopole. Et de mettre en commun les coûts de développements entre les entreprises.

    Et quant aux standards, avec .Net Microsoft a fait un complet changement de stratégie, s’appuyant sur des standards (XML, SOAP…) et standardisant sa plateforme. Ce que Sun n’a pas encore fait avec Java.

  7. Vincent dit :

    Les alter-informaticiens passent à la radio, sur France info plus précisemment. Pour ma part j’utilise Firefox pour internet et je viens d’acheter une distribution linux live ( sur cd uniquement ). J’ai été bluffé, le seul truc c’est que je crains d’avoir des problèmes en faisant l’installation sur disque dur.

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