Pourquoi faire de l’open-source ?
Il n’y a pas si longtemps je discutais d’Open-Source avec un ami développeur (et chef d’entreprise, c’est important pour la suite) qui me disait en substance : Pourquoi mettre mon logiciel en Open-Source, je n’ai envie de donner mon travail
. A par lui dire que c’était à la mode et que sa notoriété augmenterai, je n’ai pas vraiment trouvé de justification économique a priori. Alors pourquoi faire de l’Open-Source ou du logiciel libre ? Je sais que ce n’est pas tout à fait la même chose, mais les motivations me semble assez proches.
On trouve beaucoup d’arguments (un peu partout) pour l’open-source ou le libre lorsqu’on se place du point de vue de l’utilisateur :
- Gratuité évidement
- Perenité par l’accès aux sources
- Souvent meilleurs respects des standards qu’un produit propriétaire
- Concurrence plus saine en offrant une alternative aux solutions propriétaires
Par contre il ne faut pas oublier les risques, le principal étant les procès en propriété intellectuelle (SCO vs Linux) ou en violation de brevet (le débat sur la brevetabilité des logiciels en europe, qui serait une menace pour les logiciels libres).
Mais la question se pose pour les producteurs , à savoir d’une part les développeurs, et d’autre part les sociétés.
Il semble que 75 % des développeurs de Linux soient salariés d’entreprise que IBM, Novell, RedHat. Les développeurs ne sont donc pas tous des généreux altruistes. Pour eux le fait de faire de l’open-source apporte clairement plus de notoriété que de travailler sur du logiciel propriétaire (peu de monde connaît les architectes logiciel de Microsoft, tout le monde connaît Linus Torvald). Il y a évidement une satisfaction éthique à partager ses connaissances avec une communauté. De plus les contraintes extérieures étant souvent moindre, les plannings moins tendus, on trouve sûrement la satisfaction du travail bien fait. Mais finalement tout ceci pourrait être atteint dans un contexte de logiciel propriétaire (à condition que l’employeur en ait ou s’en donne les moyens).
Reste l’entreprise qui fait le choix d’abandonner sa propriété intellectuelle. Quand on connaît la rente que représente les droits d’un logiciel répandu (demandez à Bill), on peut se demander ce qui pousse une société à éditer en Open-Source un logiciel, voire même à ouvrir un logiciel anciennement propriétaire comme l’ont fait IBM ou Novell.
Netscape a été basculé son code en Open-Source en 98 suite à la lecture du texte d’Eric Raymond “La cathédrale et le bazar” (traduction ici). Ceci n’a pas empêché la quasi-disparation du navigateur. Il aura fallut 7 ans pour que Firefox reprenne quelque pour cent de part de marché à IE.
Aujourd’hui des projets comme Apache et Mozilla sont sponsorisés (c’est en parti le cas de Linux) par des entreprises dont la motivation est principalement d’éviter le monopole de Microsoft. Séparés elles n’ont pas la force de frappe pour concurrencer Redmond, mais elles le font en mettant en commun les ressources de développement. Finalement c’est une motivation très libérale qui consiste à créer un concurrent pour affaiblir un fournisseur trop puissant. Évidement ces entreprises continue à fournir des solutions propriétaires, mais en se concentrant sur la valeur ajouté, laissant à l’Open-Source les briques banalisés (commodities).
Un peu plus proche du modèle classique se trouve l’approche de MySQL qui propose son logiciel en 2 licences, l’une libre, l’autre commerciale. La motivation est clairement d’obtenir (assez) rapidement des parts de marché avec un logiciel objectivement inférieur à tous les produits propriétaires (Oracle, MSSQL, SyBase, DB2). Les revenues proviennent des ventes de licences et du support qu’ils proposent.
C’est aussi le modèle des vendeurs de distribution Linux comme RedHat. Bien évidement les bénéfices des vente de support sont inférieurs à ceux des ventes de licences, mais qui pourrait aujourd’hui développer un OS et survivre (voir la triste histoire de Be) ?
Un autre modèle est celui de certains ASP (fournisseur de service applicatif) qui développent et exploite un logiciel Open-Source. Le fait d’ouvrir leur logiciel permet de profiter d’une communauté d’utilisateur aidant à le mettre au point, permettant d’offrir un service de meilleur qualité en limitant les coût de développement. Au risque de voir débarquer un concurrent qui utiliserait le logiciel mis à disposition de la communauté. La pérénité d’un tel modèle sera sûrement lié à l’existence dans l’offre de service d’une valeur ajoutée au dela du logiciel exploité.
Enfin beaucoup d’éditeurs de logiciels Open-Source espère vendre du service autour de leur logiciel. Les éditeurs propriétaires utilisent souvent le service comme un moyen de vendre des licences, l’objectif étant d’équilibrer cette activité (pas toujours avec succès). Or l’activité d’édition de logiciel n’est pas comparable à celle du service. Les difficultés de Mandrake en sont la preuve. De plus entre les SSLL (société de service en logiciel libre) et les SSII qui se forment au libre et à l’Open-Source, les éditeurs se retrouvent face à des concurrents souvent plus efficaces dans le métier du service.
Finalement, je dirais que si votre logiciel n’est qu’une amélioration incrémentale d’un logiciel commercial leader, autant le diffuser en Open-Source pour faciliter la prise de part de marché, et que s’il apporte une rupture, autant le garder propriétaire…
février 3rd, 2005 à 9:16
Excellente analyse que je rejoint complétement.